Le moulin Marguet, à Voiteur

Article et photos de Nathalie Durand-Breton

 

Le moulin est établi après la révolution "au Coutelat" sur le Chambion, petit affluent de la Seille. Il est la propriété d’Emmanuel Gaudot, aubergiste et débitant de tabac à Voiteur. L’appellation de « moulin à tabac » désigne l’établissement jusqu’au début du XXe.

En 1821, il comporte une huilerie et un battoir à chanvre. Le bail stipule que les preneurs devront y construire une scie à eau. En 1828 l'atelier est construit pour l'installer. En1838, Claude François Gaudot, fils d’Emmanuel, y est huilier. En 1858, receveur et buraliste, il vend l’établissement à Alphonse Gaudet, cocher du maître de forges de Baudin habitant Poligny. Il y a alors une huilerie et une gypserie.

En 1860, Gaudet loue à Charles-Louis Verne, martineur à Grusse. Il doit supprimer le battoir à gypse et établir un martinet à deux fournaises. En 1870, les héritiers d’Alphonse Gaudet vendent tous ses biens immobiliers à Charles Coulon, maître d’hôtel à Voiteur. Des martineurs prennent à bail l’établissement en 1876 mais il devient peu après scierie, exploitée par un négociant en bois, Just Jeunet, puis par Henri Guinard, rentier à Nevy, qui loue aux enfants de Charles Verne, alors martineur à Lons : ils rétabliront le martinet. Protais Verne et son beau-frère, Émile Philibert, exploitent jusqu’à la fin du siècle, remplacés par Alphonse Colleville.

 En 1910, Jules Marguet, menuisier à Nevy, achète le moulin. Il désaffecte le martinet, aménage un nouveau bassin rive droite qui apporte un supplément d’eau au bassin rive gauche, au moyen d’une canalisation souterraine. Jules Marguet s’engage dans la tabletterie, le moteur hydraulique anime scie à ruban et diverses machines-outils (raboteuse). Il produit des caisses d’emballage pour vins mousseux… En 1914, un broyeur à grains pour farine à bétail est installé en hâte, il fonctionne pendant la guerre, rendant service à l'épouse de Jules alors seule avec ses enfants.

En 1919, commence la fabrication de rais de roues de "voiture" (en Franche-Comté, charrette à quatre roues à bandage) en acacia. Un vaste hangar, la « baraque Adrian » est montée à côté de l’usine pour le séchage et le stockage des ébauches de rais. Une machine à reproduire les rais fabriquée par les établissements Dalloz à Macornay reproduit 6 modèles à la fois. La demande grandissant, Jules Marguet conçoit une deuxième machine, qui sortira de la fonderie Baudin. L’atelier emploie 10 à 15 travailleurs, produit 300 à 400 rais par jour et fournit 18 départements de l’est et du centre de la France par chemin de fer.

Après la guerre, les rais sortant de l’usage avec l'apparition du pneumatique, l’usine s’engage dans la tournerie de robinets pour tonneaux, se reconvertit en 1953 dans la fabrication de jeux de boules, notamment à destination des magasins « France-Bazar », puis en 1965 dans les jeux de croquets. Georges Marguet a succédé à son père en 1941. En 1985, la fabrication de croquet s'arrête mais l'atelier de Georges Marguet ne s'endormira qu'en 1996 à son décès.

Le moulin, où les deux roues à augets et toutes les machines sont restées en place, est racheté par la petite-fille de Georges Marguet, qui avec son époux, ont commencé à restaurer cet atelier unique en Franche-Comté et peut-être en France.

Contact : Association moulin Marquet, un patrimoine qui tourne. Siège social : Moulin Marguet, 1, route de Menetru, 39210 Voiteur

 

 

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