Var
- Les Moulins communaux de Mons, sur la Siagnole
Le vocable de moulin
de la Siagnole désigne le regroupement des anciens
moulins communaux de Mons, rachetés à la commune à la fin de la dernière
guerre par l'ancien meunier du village, Jean Lambert. Celui-ci les entretient
avec passion, les maintient en état de fonctionnement et les ouvre au public
lors de la fête des moulins et du patrimoine. Ces moulins se composent en réalité
d'un double moulin, l’un à huile et l’autre, moulin à blé. Lorsque vous
êtes sur le pont dit des moulins sur la Siagnole, empruntez le petit sentier en rive droite (vous êtes
alors sur le domaine du château de Beauregard :
respectez-le) vous aurez ainsi une vue sur toutes les installations sur l'autre
rive, vous pourrez en suite remonter jusqu'au barrage de la prise d'eau avec sa
chute (et une carrière romaine à coté) attention l'eau est à 11° ! En
remontant d'une quinzaine de mètres en altitude vous rejoindrez le canal
Jourdan et quelques mètres plus haut l'aqueduc romain : en continuant vous
arriverez aux sources dites du Neissoun ceinturées par une clôture de
protection. En contrebas, il y a des ruines d'un moulin à rodets. Les moulins
de Mons, propriété privée ne
se visitent pas. Ils se situent dans le périmètre de protection naturelle Natura
2000 (directive européenne) et dans le périmètre de protection de
captage des sources dites du Neissoun.
Ces moulins à eau ont eu leur âge d'or au XIXe siècle, époque de fort développement économique et agricole, (avec localement les restanques, seule solution au manque de terrain en zone aride) : on en a alors compté jusqu'à 1 185 dans le Var. Mais, rapidement, et comme partout, l'industrie les a rendus non rentables. La plupart sont tombés en ruines, quelques-uns en musée et un petit nombre maintenu en état de fonctionner, la plupart par des associations ou des passionnés comme l’est le meunier communal de Mons, Jean Lambert.
Pour le moulin communal de Mons, les premières traces écrites sont liées au fief de la famille des Villeneuve qui par ses unions a contrôlé une très grande partie de la Provence. Les Villeneuve partagèrent progressivement leurs privilèges avec la population, anticipant largement 1789, qui s'en souvint peu et même les décima. Faisant suite à l'acte d’Habitation signé par Antoine de Villeneuve en 1468 accordant droit de chasse, de pêche, de pâturage, d'ouvrir une boucherie et un café, Henri de Villeneuve, surnommé 'le cruel' va plus loin et par transaction du 3 août 1551 cède ses moulins à blé et à huile :
Les terres étaient pauvres, elles assuraient aux populations les produits du terroir : blé, olives, tilleul, lavande, pois chiches, ces légumes secs représentaient « l'or des paysans ». Ils servaient à faire de la farine pour les bouillies mais aussi pour la socca, sorte de crêpe qui se consomme encore dans les vieilles rues de Nice, pour perpétuer la tradition des anciens.
Le recrutement des meuniers, bailleurs particuliers, se faisait pour 4 ans, moyennant une rente annuelle qui constituait le revenu le plus important de la communauté. Les paysans, au début du XXe siècle, venaient « faire moudre » leur blé pour fabriquer eux-mêmes leur pain. L'hiver, ils apportaient leur récolte d’olives au moulin à huile. Cette huile servait à la cuisine, mais aussi à l'éclairage, l’électricité n'étant pas encore amenée dans les campagnes.
La Deuxième Guerre mondiale va modifier considérablement le rythme des moulins. La clandestinité, le troc, s'installent peu à peu. Cela dura ainsi jusqu'à la fin de la guerre C'est à ce moment-là que la municipalité propose de reconduire la location des moulins.
En 1945, Jean Lambert vient de sortir
des maquis du Malay dans le Haut-Var, il a participé au débarquement
enProvence, à la Libération de Marseille et à d’autres événements. En
guise de remerciement, sans un sous, il est renvoyé dans ses foyers comme on
dit. Il loue alors les moulins à la commune de Mons. Tout est à refaire, à réparer,
de la toiture aux machines. Avec
l’aide de Germaine son épouse, il retrousse ses manches, remet tout en état
et recommence à faire de la farine, un
luxe en cette époque de grande disette. Et puis, on
cessa peu à peu de cultiver les terres ingrates des environs, faute de
grain à moudre.
Jean Lambert dut se résoudre à fermer le moulin en 1954.
Ce sera le drame de sa vie, être obligé
d'arrêter, faute de blé à moudre.
Le conseil municipal décide après quelques années de statut quo de se débarrasser
de ce qui devient une charge pour la commune. À Mons les moulins
communaux n’étaient plus indispensables furent mis en vente en 1960.
Notre meunier Jean Lambert par amour de son outil de travail et avec la complicité de Germaine son épouse se résolut à puiser dans leurs ressources, à perdre de l'argent et de l'énergie pour que les générations futures conserve ce témoignage de leur passé, il acheta les moulins. Une nouvelle fois il restaura entièrement la grande roue du moulin à huile, aidé de quelques amis bénévoles et c'est en continuant à les faire tourner, à moudre le blé et à presser les olives, qu'il sauvegarda ce patrimoine et arriva peu à peu à en faire un véritable musée vivant. La vie des moulins de Mons comme celle de son meunier se poursuit ainsi depuis les années 60, rythmée par deux campagnes annuelles successives : celles du blé et celle de l'olive.