Calvados - Meuniers et moulins de l’Odon du début du XIXe siècle à 1936

 

Extrait d’un article de sept pages avec carte et photos de Stéphanie Bouchard, UFR d’Histoire, Université de Caen

L'Odon, rivière normande du Calvados, longue de 47 km, coule direction nord-est durant la majeure partie de son cours et conflue en rive gauche avec l'Orne à Caen. Ce confluent forme plusieurs bras, le principal appelé le Grand Odon passe au pied du château et de l'église Saint-Pierre de Caen.

L'Odon à Caen. À partir du Moyen Âge, le Grand Odon est utilisé comme port . Les différents bras de l'Odon coulent au pied des fortifications de la vieille ville et de l'Île Saint-Jean.

En 1764, on entreprend de grands travaux afin de moderniser le port de Caen. Un canal de redressement est percé entre Clopée (Mondeville) et Caen afin de rectifier le cours de l'Orne. L'Odon est également canalisé pour former un bras de ce nouveau chenal. En 1787, la compagnie Mignot est chargée d'édifier, sous la direction de l'ingénieur Lefebvre, des murs de quai sur la rive droite du nouveau cours de l'Odon. Les travaux sont interrompus plusieurs fois et ne sont terminés que dans les années 1840 quand l'Odon est canalisé entre la place Courtonne et sa confluence avec l'Orne pour former le bassin Saint-Pierre. L'espace compris entre l'ancien cours de l'Odon, désormais sec, et le nouveau cours (quai Vendeuvre) est ensuite utilisé comme place d'armes.

En 1860, la municipalité caennaise fait couvrir le Grand Odon entre la place de la Préfecture (actuelle place Gambetta) et la place Courtonne ; elle fait aménager le boulevard Saint-Pierre (actuellement boulevards des Alliés et Maréchal Leclerc) sur l'espace ainsi dégagé. Après la Seconde Guerre mondiale, le cours de l'Odon est canalisé le long du nouveau boulevard Yves Guillou.

 Les moulins de l’Odon et leurs propriétaires

Avant la Révolution, trois abbayes se partageaient les territoires de la plaine de Caen. les abbayes de Saint-Étienne et d'Ardenne gardent un statut suffisamment fort pour influer sur les comportements sociaux. La première perd ses possessions, dont le moulin dit de Saint-Étienne, à la fin du XVIIIe siècle, au profit des Hospices civils de Caen. La seconde, située sur la commune de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, semble avoir préservé quelques domaines si l'on se fie à certaine source isolée et quelque peu ambigüe. Il faut ajouter à ces deux établissements de réguliers la communauté féminine du Bon-Sauveur, qui fut la seule à subsister pendant la Terreur car elle demeurait l'unique solution pour interner les aliénés.

La ville de Caen. C'est à plusieurs titres que la capitale bas-normande est concernée par les cours d'eau qui la traversent. Mais mis à part les lentes avancées qui aboutissent, au milieu du XIXe siècle, à l'aménagement d'un canal reliant Caen à la mer, ce sont surtout les Odons qui monopolisent l'attention de la municipalité. Caen, une ville insalubre, en 1873, c'est-à-dire un an après une nouvelle épidémie de choléra, un rapport de l'ingénieur en chef met en garde le préfet car le Grand Odon est devenu un réceptacle d'immondices, pouvant devenir un véritable foyer d'infection, sans les brises et les vents de mer. Plus tard les rapports répétés de la commission sanitaire du département dénoncent la responsabilité des Odons : il n'y a pas assez d'eau dans leur cours et pendant l'été leur lit ressemble à un cloaque. Malgré les quelques travaux menés au cours du XIXe et dans les premières années du XXe siècle, le rapport de l'ingénieur ordinaire de 1932 n'est pas tellement différent de ceux rendus par ses prédécesseurs quelque cent ans auparavant.

Au XXe siècle, le cours des Odons dans Caen. Un arrêté préfectoral interdit le déversement dans les cours d'eau de matières infectes nuisibles ou susceptibles de compromettre la salubrité publique. Selon la loi municipale de 1884, c'est au maire de chaque commune qu'incombe la sauvegarde de ladite salubrité publique. Les changements réalisés au cours du premier tiers du XXe siècle se révèlent capitaux, et Caen se pose même en précurseur. En effet, c'est la seule ville en France où il est envisagé de réaliser un système d'assainissement séparatif complet, ne délaissant aucune rue ni ruelle. Les grands travaux vont s'étaler de 1932 à 1935.

L'assèchement du Petit Odon, 1932. La première étape est de diminuer le nombre de rivières traversant la ville. C'est ainsi qu'en 1922 le vieux Canal Robert est supprimé et son lit rebouché. Dix ans plus tard, le cours du Petit Odon est également évincé de la ville, une nouvelle dérivation dirige son flux vers la Halle aux Granges, lieu où il rejoint le Grand Odon.

Le Grand Odon. Le recouvrement et le détournement du Grand Odon se font simultanément avec la construction d'un réseau général d'égouts et de traitement des eaux. Il est prévu qu'il soit capté à la Halle aux Granges, après que le Petit Odon se soit joint à lui. Empruntant un tracé quasi-rectiligne dans une rigole enterrée et rectangulaire, il fera bénéficier le bassin Saint-Pierre de ses eaux

L'urbanisme caennais à la lumière des Odons. Aujourd'hui, il est possible de reconstituer les tracés du Grand et du Petit Odon en suivant quelques-uns de nos axes intra-urbains, lesquels ont pu être construits sur l'espace laissé par la disparition de ces cours d'eau. Il en va ainsi du boulevard Bertrand, du nom de l'initiateur des travaux, et des boulevards du Théâtre et Saint-Pierre, respectivement aujourd'hui boulevards du Maréchal Leclerc et des Alliés, qui recouvrent l'ancien lit du Grand Odon. Les travaux ont donc permis de décongestionner et d'aérer la ville en y créant des artères essentielles au bon développement d'une ville du XXe siècle.

 

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