Les meuliers de la Ferté-sous-Jouarre.

 

Les Meuliers. Ouvrage de 278 pages publié pour l’ouverture du colloque.

A commander aux Presses du Village  1bis, Vallée de l’église 77139 ETREPILLY

Tèl : 01.64.36.66.69.  Prix : 28 Euros, port compris.

Cette petite ville du département de Seine-et-Marne, au bord de la Marne et à 67 km à l’est de Paris, a été durant des siècles la capitale de la fabrication et du commerce des meules de moulins en France.

Les terrains autour de la Ferté-sous-Jouarre reposent sur des bancs siliceux ou l’on trouve des pierre de silex ou quartz carié dites « meulières » à une profondeur variant de 2 à 25 mètres. Les premiers prélèvements de ces pierres pour la fabrication de meules a pu se pratiquer, sans certitudes, dès l’époque médiévale, des carrières sont attestées, par documents, au 16e siècle. Un marchand de meules de moulin est établi à la Ferté en 1664.

A la veille de la Révolution française, en 1782, près de 2 000 personnes travaillent pour cette industrie, extraction, fabrication et vente de meules. Les exploitations de pierre meulière sont réparties irrégulièrement autour de la Ferté-sous-Jouarre, sur les coteaux qui bordent la vallée de la Marne et  l’extraction se fait à ciel ouvert1.

Les carriers.

A l’origine, l’ouvrier carrier est un travailleur indépendant. Il loue sa concession au propriétaire du terrain, et vend la pierre qu’il a dégagée à un marchand. Les premières meules sont taillées, façonnées dans un seul bloc de pierre, et sont dites « meules monolithiques ». Ces meules font environ  deux mètres de diamètre.

Comme il est difficile de tailler d’un seul tenant une meule de cette dimension, le processus de fabrication évolue, on procède à l’assemblage de deux ou trois blocs de pierre pour arriver finalement  vers 1760 à une fabrication à partir de pavés de pierres taillées, ou « carreaux ». A partir de ce principe, la fabrication évolue vers des assemblages de carreaux de différents duretés. Assemblage de pierres  peu dures au centre, allant vers des pierres très dures à la périphérie.

A partir des années 1835, les méthodes d’écrasement des blés évoluant, mouture à l’anglaise,  les fabricants de la Ferté se dirigent, pour suivre la demande,  vers la réalisation de meules plus réduites, de 1,20 à 1,30 mètres de diamètre, ou meules de quatre pieds, comportant 24 carreaux scellés aux ciment puis cerclée de feuillards de fer. Ce n’est qu’aux environs de 1860 que la préparation rationnelle de la surface des meules, rayonnage, retient l’attention et prend une grande importance.

Les sociétés.

Peu à peu, au fil des ans, les différentes petites entreprises, fondées par les carriers,  au lieu de se faire concurrence se regroupent en sociétés, processus exemplaire de concentration capitaliste dans l’euphorie économique de la fin du 19e siècle. 23 entreprises encore en 1853 emploient 1381 ouvriers.

En 1870, le Ministre des Travaux Publics, en prévision d’une guerre qui s’annonce avec la Prusse, fait acheter à la Ferté un certain nombre de meules. La maison Roger fils et Cie en fournit 112, Guilquin fils et Cie 92, Bailly et Cie 82, A.Fauqueux 80, Ladeuil et Cie 70, Dupetit, Theuret, Gueuvin et Bouchon 50, soit un total de 486 meules qui seront, pendant le siège de Paris, installées dans des moulins improvisés mis en place à la gare du Nord, à la gare d’Orléans et à l’usine Cail

En 1884, six de ces maisons,  installées sur la Ferté, avec deux autres d’Epernon en Eure-et-Loir, à trente km de Chartres, créent la « Société Générale Meulière  de la Ferté-sous-Jouarre », plus connue sous le sigle S.G.M.

La nouvelle société regroupe :  Roger fils et Cie, maison fondée en 1802 ; Renaud et Lefèvre, fondée en 1812, anciennement Bailly et Cie ; P.Gilquin fils et Cie, fondée en 1825 ; Société anonyme du Bois de la Barre, fondée en 1837 ; Ladeuil et Cie, fondée en 1825 ; enfin Chevrier et Moulin, d’Epernon.

La société, Dupetit-Orsel, installée route de Maintenon, avait déjà fondée en 1883 la « Grande Société Meulière » ou G.S.M. qui deviendra en 1911 la « Grande Société Meulière Dupetit et Orsel »

Une troisième, « l’Abrasienne » verra le jour. Elle se spécialisera dans la fabrication de meules en aggloméré émeri-silex.

Ces sociétés exportent des meules assemblées, à la demande, pour différents besoins mais aussi des carreaux qui seront assemblés dans divers pays étrangers. Des importateurs anglais, allemands, américains, etc… ont des bureaux d’achat à la Ferté-sous-Jouarre.

L’apogée de la production de meules à la Ferté se situe vers 1900.

La S.G.M.

Sur ses chantiers d’extraction de pierre, la S.G.M. introduit la mécanisation , pelleteuses, locomotrices, etc…elle exploite  cinq carrières vers 1930, à la Ferté, à Epernon, mais aussi deux en Dordogne.

La S.G.M. diversifie également ses produits, allant même jusqu’à construire du matériel de meunerie dont des appareils à cylindres puis plus tard des meules artificielles  pour équiper les moulins à meules verticales fabriqués par SODER.

Pendant la guerre, en 1940, son directeur, M. Colmont est mobilisé et c'est son épouse qui dirige la société et réorganise les ateliers qu’elle a réussi, après de longues tractations, à faire évacuer des troupes d’occupation. Malheureusement le marché des meules est réduit, les exportations inexistantes. Après la guerre, la reprise n’est pas au rendez-vous, la mouture aux meules à vécue et la S.G.M. dépose son bilan en 1951.

En 1958 la Sarl S.O.C.A.M2. « Société de Construction d’Appareils de Meunerie » absorbait la S.G.M. pour terminer les dernières commandes et fermait définitivement la société.

Notes :

1-Vers 1880, Charles Touaillon décrivait ainsi l’arrivée à la Ferté : En descendant du chemin de fer de l’Etat, on voit en face de la gare, au nord, une colline de 3 à 4 km de long sur environ 2 km de large, elle comprend les carrières des bois de la Barre, de la Californie, la Justice, le Limon, la pièce de l’Etang, la pièce des Regards, la Jeu-d’Arc, Favières, Bécard, Marey et Rougebourse. C’est dans ces carrières que se fait l’extraction de  la plus grande partie de ces meules vives, prenant bien le marteau, qui ont fait la réputation des grandes meuneries françaises. Sur la colline de Tarterel sont les carrières de la Picherette, des Chênaux,  des Boudons, le Tillet, etc…Cette veine de Tarterel se prolonge très loin et se relie aux gisements d’Epernon.

Au sud, on arrive à la colline de Jouarre qui se continue sur près de 8 km de long et 5 km de large et ou sont également plusieurs carrières d’une qualité de pierre peu commune…. La matière première n’est pas près de manquer à la Ferté-sous-Jouarre…mais l’extraction est très couteuse par suite du prix trop élevé de la main d’œuvre, qui tend toujours à augmenter…

2-Cette Sarl S.O.C.A.M avait été fondée le 5 mai 1938 par rapprochement de quatre fabricants français de matériel de meunerie pour mettre en commun leur production et leurs réseaux commerciaux  : Teisset-Rose-Brault ; la S.G.M ;  Cesbron  et Tripette et Renaud .

Après la guerre, S.O.C.A.M. connaitra des périodes difficiles vu la concentration internationale des fabricants de matériel de meunerie. En 1970, lâchée par la Banque de Paris et des Pays-Bas elle était vendue au Suisse Buhler.

Entre temps,  deux maisons, Tripette et Renaud,  ainsi que Cesbron qui avait racheté le nom de Schneider-Jacquet et installé ses usines à Angers, avaient repris leur autonomie.

 

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