Des moulins à vent dans les Vosges

Résumé d’un article de 6 pages  de  Daniel Chossenot, et Lucette Husson avec cartes dessins et photos

On a compté jusqu’à 974 moulins à eau dans le département des Vosges. Mais oui, il y a eu aussi des moulins à vent dans notre département… « Des moulins à vent dans les Vosges ?! » s’étonnent ceux à qui l’on en parle. A quelques exceptions près, ils ont disparu de la mémoire collective. Pourtant, ils apparaissent sur les cartes du XVIIIe siècle et les archives nous ont permis d’en étudier quelques-uns.

Moulin à vent de Padoux. En limite du village de Padoux se trouvait un moulin à eau, propriété du Duc de Lorraine, cité dans les années 1550. Le cours d’eau et les deux sources qui alimentaient sa roue étaient insuffisants, l’eau manquait dès les premières chaleurs. En 1602, pour remédier à ces difficultés, les habitants de Padoux demandent à pouvoir construire un moulin à vent qui sera construit en un lieu proche du village. Il est curieux de constater qu’au début du XVIIe siècle les habitants de Padoux ont dépensé une somme importante pour la construction d’un moulin à vent dont ils ont demandé la démolition quelques années plus tard. Cette décision a-t-elle été motivée par le manque de rendement ou par les obligations liées à cette construction ? C’est une nouvelle preuve de l’existence éphémère de la plupart des moulins à vent vosgiens.                                                                                                     Le moulin à vent de Dombrot-le-Sec. 1723 a été une année de sécheresse en France. A Dombrot-le-Sec – qui s’appelait alors Bouzey, du nom de son seigneur – les 2 moulins à eau n’ont pu travailler que quelques mois. Le 11 novembre de cette année-là, Antoine Mégret, meunier des moulins à eau depuis la St Georges, prie le seigneur, Nicolas Joseph Comte de Bouzey, de lui accorder un terrain sur lequel il fera construire, à ses frais, un moulin à vent. Le 18 janvier 1739, une violente tempête s’abat sur la région. A Bouzey, le moulin à vent est renversé et brisé par « l’impétuosité des vents ». Il ne sera pas reconstruit. De ce moulin à vent à la courte existence il reste le lieu-dit « Le Moulin à vent », Section F de l’ancien cadastre, près de la route de Suriauville, à l’altitude de 400 mètres environ.

Le moulin à vent de Liffol-le-Grand. On sait quand et pourquoi le moulin à vent de Liffol-le-Grand a été construit. Il existait à Liffol un moulin à eau appartenant au chapitre des chanoines de La Mothe et Bourmont, avec droit de banalité accordé en 1251 par le Comte Henri III de Bar. En 1524, ce moulin à eau n’est plus « suffisant ». Le Duc accéda à la demande des chanoines et le moulin à vent fut construit à leurs frais, très probablement près du chemin qui mène de Liffol à Haréville. En effet, on relève, à cet endroit de la section F de l’ancien cadastre, les lieux-dits « Moulin à vent », « Vieux moulin à vent », « Sur le moulin à vent », « Derrière le moulin à vent ».

Le moulin à vent  avait été vendu, avant même le 26 floréal de l’an X, à François Laurent, meunier à Cirey-les-Mareilles (aujourd’hui en Haute-Marne). Est-ce ce moulin à vent vendu par Nicolas Mouginot à François Marsal qui travaillait encore, de temps à autre, en 1848 ?

Les moulins à vent de Grand. Grand est un village sans cours d’eau. La Maldite, à l’est du finage, est un ruisseau intermittent dont le débit n’aurait pu faire fonctionner un moulin. D’où la nécessité de moulin(s) à vent à Grand. Dans sa monographie publiée en 1909, J. Chounavelle, ancien instituteur et secrétaire de mairie de Grand, écrit : « Il y avait autrefois cinq moulins à vent dont il ne reste plus aujourd’hui que le souvenir. »

Du moulin du Tona, nous ne savons rien, si ce n’est ce nom qui figure sur le cadastre de 1810. Il était situé à l’embranchement du chemin de Dainville et de celui de Lezéville. Sans doute est-ce ce moulin qui est appelé « moulin de Dainville » dans un document de l’époque révolutionnaire, ou encore « moulin des Fossés ».

Le moulin de la Grande Rue est appelé « le moulin des Durand » par Marie-Claude Durand, habitante de Grand, descendante d’une longue lignée de meuniers. Son emplacement est encore bien visible aujourd’hui, à l’arrière d’une maison qui n’existait pas au moment où ce moulin fonctionnait.

Le moulin la Dame porte le nom de la Dame de Valzargues, née Anne de Vezon, seigneur en partie de Grand. Madame de Valzargues. Ce moulin faisait partie du fief de Civry qui sera acquis par Nicolas Joseph de Germay -ou par son père Nicolas Certain. Nous avons trouvé 5 baux pour ce moulin, des baux datés de 1704, 1722, 1777, 1786 et de l’an IV. Le 9 pluviose de l’an IV (= 29 janvier 1796), c’est Jean Billoret, marchand cloutier, qui donne à bail ce moulin « situé au bout dudit Grand allant à Brechainville ».

Le moulin de la Violette est le dernier moulin de Grand à avoir fonctionné. En 1848, il moud 480 hectolitres de blé, 60 hectolitres d’orge, 30 hectolitres de seigle, 120 hectolitres d’avoine. Les meuniers sont Etienne Durand et Nicolas Louis Marchal.

Quatre moulins sur le plan de 1807. J. Chounavelle parle de cinq. Quel est donc le cinquième ? Est-ce le moulin qui appartenait par moitié aux Clarisses de Neufchâteau et au Duc de Lorraine ?

Beaucoup de questions demeurent en suspens à l’issue de cette recherche sur ces moulins. Cette étude ne prétend pas être exhaustive. Il reste quantité de documents d’archives à explorer dans l’espoir d’y découvrir une information, si mince soit-elle, sur l’un ou l’autre.

 

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