Colloque International de Lons-le-Saunier, 2 - 6 novembre 2011. L’Archéologie des Moulins hydrauliques, à traction animale et à vent, des origines à l'époque médiévale

Compte-rendu de 5 pages avec photos, de Bernard Sauldubois avec la participation de Luc Jaccottey, INRAP Grand-Est-Sud

Le développement des fouilles archéologiques réalisées sur le tracé de la ligne à grande vitesse (LGV) Rhin-Rhône est riche pour l’histoire de la meunerie antique avec la découverte d’un moulin hydraulique antique à Burgille à l’ouest de Besançon dans le département du Doubs, et, pour la meunerie médiévale, les restes de plusieurs moulins médiévaux à Thervay, au nord de Dôle dans le Jura.

Le développement de l’archéologie préventive amène à la multiplication des découvertes de vestiges de moulins antiques et médiévaux. Le colloque de Lons-le-Saunier s’est donné pour objectif de faire le point de ces découvertes et l’on peut dire qu’il a été atteint et que ces cinq jours ont été particulièrement denses, riches et intéressants.

Lors de la présentation des synthèses plusieurs thèmes transversaux ont été abordés :

-         détection des moulins lors des fouilles archéologiques,

-         évolution des systèmes hydrauliques et des mécanismes,

-         éléments constitutifs des moulins.

Le colloque organisé par le musée d’Archéologie du Jura (Lons-le-Saunier), l’Inrap et le laboratoire chrono environnement (UMR 6249 CNRS, Besançon a regroupé 118 participants, dont 50 chercheurs de l’INRAP et d’autres services archéologiques, 19 des universités, 14 des université étrangères, 11 des DRAC, 10 d’ associations molinologiques, dont Annie Bouchard présidente de la FFAM accompagnée d’ André Garrigues, secrétaire du bureau.

L’utilisation de l’énergie hydraulique a focalisé les débats entre historiens dès l’Antiquité. Les sources écrites sont claires et ne laissent aucun doute sur l’utilisation de l’eau dans les moulins par les anciens. La question est de savoir quel a été l’impact de l’énergie hydraulique sur la vie économique, déterminant ou marginal. Selon Marc Bloch, le moulin à eau, « invention antique, est médiéval par l’époque de sa véritable expansion ». Durant un demi-siècle, le « blocage des techniques » à l’époque antique était de règle. Mais à partir de 1980, les progrès de l’archéologie ont ébranlé cette certitude. La connaissance reste toutefois insuffisante car elle dépend surtout de l’intérêt des archéologues pour les vestiges de la production agricole et de la transformation des denrées. En un mot on trouve des moulins hydrauliques là où on en cherche.

Dans l’antiquité, l’énergie hydraulique a été utilisée principalement dans des moulins à grains, mais aussi, grâce à l’invention de la bielle et de l’arbre à cames, pour scier le marbre, broyer le minerai et l’écorce de chêne et d’autres usages liés à la métallurgie du fer et le foulage des étoffes.

Les roues peuvent être soit verticales soit horizontales. Contrairement à ce que l’on a cru longtemps, l’invention des deux systèmes est à peu près contemporaine. Les nombreuses roues horizontales, plus fragiles, ont moins bien résisté au temps.

L’archéologie des moulins commence à peine à fournir des réponses, mais un immense travail reste à faire.

Les travaux historiques sur les moulins médiévaux sont relativement anciens (Marc Bloch 1935). L’archéologie du moulin médiéval est demeurée longtemps en retard. Même en 2002, aux journées internationales d’histoire de Flaran, les fouilles sont à peine évoquées. A cela plusieurs raisons peuvent être avancées : la première tient au fait que les moulins médiévaux ont perduré bien souvent jusqu’au XIXe siècle et les vestiges sont masqués ou détruits par les reconstructions et les aménagements parfois séculaires. Autre raison, l’emplacement de ces moulins dans des zones humides peu favorables aux travaux générateurs de fouilles. Le développement de l’archéologie préventive a permis la fouille de moulins de plus en plus nombreux, à l’occasion des travaux autoroutiers ou ferroviaires ou d’aménagements urbains.

Il convient donc de faire un point beaucoup plus précis sur les fouilles de moulins, puis de mettre en regard les données de fouilles avec d’autres sources, les sources écrites d’abord qui fournissent des localisations et surtout une approche économique, sociale et technique, l’iconographie malgré ses limites (copie de modèles stéréotypés), l’ethnologie enfin là où la révolution énergétique a tardé épargnant l’équipement meunier traditionnel comme au Portugal ou en Corse.

Mis à part quelques résultats anciens qui font référence comme ceux d’Avenches en Suisse et de Dasing en Bavière, la plupart des fouilles sont récentes et demandent des interprétations longues et délicates, tant sur les moulins que sur les meules, ou les acquis sont, semble-t-il, plus aboutis.

Aux cours de fouilles, les archéologues découvrent des pièces de bois, en premier lieu, des piquets de toutes dimensions qui souvent balisent les systèmes hydrauliques et la présence de bâtiments. L’interprétation est souvent difficile en raison d’un environnement varié qui peut comporter des ouvrages très divers. Ils trouvent aussi dans l’ordre décroissant d’importance numérique des pales, des éléments de roues hydrauliques et de mécanismes, des pièces de métal (axes, clous), des éléments de lanterne. Toutes les fouilles ne permettent pas de découvrir des éléments aussi significatifs. C’est pourquoi les sites d’Avenches, de Dasing, d’Audin-le-Tiche et plus récemment de Thervay, sont particulièrement intéressants. Elles autorisent les archéologues à tenter une reconstitution donnant l’image du moulin tel qu’il se présentait à l’époque médiévale. Pour Thervay, une étape supplémentaire à été franchie avec une reconstitution réelle au ½ réalisée par le Lycée du Bois de Mouchard (Jura), et grâce à la participation de Réseau Ferré de France.

Si les fouilles de moulins hydrauliques antiques et médiévaux ont beaucoup progressé depuis une vingtaine d’années, il n’en est pas de même pour les moulins à vent. Une vingtaine d’opérations peuvent être recensées : elles concernent surtout l’époque moderne et le nord de la France. Une enquête menée en Rhône-Alpes par le LAHRA, sous la direction d’Alain Belmont , a montré que la région en comptait une centaine et que le seul Dauphiné en a compté au moins une cinquantaine aussi bien en plaine qu’en montagne. Jean-Luc Mordefroid, de son côté, en a recensé 35 en Franche-Comté. Le moulin de Donzère, dans la Drome et ses abords ont fait l’objet d’une campagne de fouilles et d’une recherche à travers 200 registres d’archives. L’opération a été menée par des étudiants de l’université Grenoble 2 et du LARHRA (UMR CNRS 5190), en partenariat avec la ville de Donzère. La communication d’Alain Belmont, la seule sur les fouilles de moulins à vent, a montré les acquis scientifiques de l'opération

Les communications ont toutes revêtu un caractère analytique et il est difficile d’en faire une synthèse à partir des résumés fournis par les pré-actes. Ce travail ne pourra réellement être réalisé que lorsque nous disposerons des actes du colloque.

 

Soutiens financiers et logistiques du colloque : Conseil régional Franche-Comté, Conseil général du Jura, Ministère de la Culture, DRAC-SRA Franche-Comté, CNRS, Inrap, Ville de Lons-le-Saunier, UFC, Musée d'archéologie du Jura à Lons-le-Saunier, Réseau Ferré de France

 

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