Molière, au secours ! Les Tartuffe prennent le pouvoir

 

D’abord proclamation de foi (1) : « La Directive Cadre sur l’eau, outre des objectifs de bon état chimique et écologique des cours d’eau, insiste sur le rétablissement de la continuité écologique des cours d’eau. Les barrages hydroélectriques de Vezins et de la Roche-qui-Boit constituent des obstacles infranchissables à la libre circulation des poissons (plus problèmes de la dévalaison dans les plans d’eau) »

Ayant travaillé à travers le monde, je croyais avoir constaté la « DISCONTINUITE ECOLOGIQUE » (blancs, noirs, jaunes, éléphants, pythons, chameaux, vaches, buffles, antilopes, capitaines, tilapias, truites, chevrettes…). Déjà, ado, j’avais chanté « pas de cerise en Alaska » …puis l’ONEMA m’avait enseigné les différentes espèces de poisson existantes en France selon les parties des cours d’eau, et enfin la page 95 du guide vert de la pêche me concrétisait cette discontinuité sous forme de graphique (Et, je cite : « Le parcours de l’eau, depuis la source jusqu’à l’embouchure en estuaire, n’est pas homogène »).

Alors, pourquoi clamer un slogan aussi manifestement incertain que la continuité écologique et pourquoi fixer comme objectif son « rétablissement »! Ouvrons les yeux : il y a autant de discontinuité que de continuité dans la nature. Je reviendrai ailleurs sur la notion d’« obstacle », tout aussi décollée de la réalité.

Alors, quoi ???

Allez un peu plus loin et vous verrez un Tartuffe devenu sûr de lui (document joint) : « Un potentiel piscicole exceptionnel ».

Et, pourquoi faire dans la dentelle : « La Sélune pourrait devenir la première rivière de France pour la pêche au saumon en cas de suppression des barrages ».

Voilà qui est clair : en cassant deux barrages, on pourrait pêcher 500 saumons (source Fédération de Pêche) au lieu de 169 déclarés en 2010 (document ONEMA).

J’avais, en 1985, sans doute été prophète en intervenant dans un colloque ADEME pour dire qu’en matière de « libre circulation du poisson », je doutais que « la volonté du poisson soit d’aboutir dans une poêle à frire ».

Je persiste à dire que, si j’étais poisson, à choisir, je préfèrerais le barrage à la poêle. Et vous ?

Triste époque, où brutaliser, souvent tuer, un animal, ici un poisson, sans nécessité humaine absolue, passe pour un acte écologique à valoriser (2), mais où l’activité de produire de l’énergie propre est mal vue et où dépenser l’argent des contribuables, pour s’aligner sur des slogans incertains, mobilise tant d’agents de l’Etat. …Molière, tu nous manques !

Etienne Gilbert, ingénieur hydro-électricien et petit producteur de micro-centrale,

Membre du conseil d’administration d’ENERCOOP Rhône Alpes

 

(1) Ceci n’est qu’un article introductif …Mais il est temps de commencer ! Allez voir sur le lien www.lamanchelibre.fr/uploads/pdf/542.pdf, vous y trouverez les documents évoqués dans cet article

(2) A <saumonmag.com>, vous lirez : « 1 353 saumons déclarés, un résultat provisoire moins catastrophique que celui de 2009 ». Rappel : la catastrophe c’était de n’en avoir maltraité ou tué que 775 en 2009 !

 

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